Work & the City : Transformations en entreprise, le trop-plein ?


Transformation en entreprise, le trop-plein ?

Réorganisation, déploiement de l'IA, nouvelle raison d'être, déménagement… Les projets de changement au travail ne s'enchainent plus : ils s'empilent. Parfois jusqu'à épuisement. D'après une étude présentée dans le Harvard Business Review, 74 % des salariés étaient prêts à soutenir les changements organisationnels en 2016 : ils ne seraient plus que 40% environ aujourd'hui. C'est ce qu'on appelle en anglais "change fatigue".

Pour les organisations, le défi est double : il faut non seulement parvenir à faire comprendre, accepter et préparer autour d'un projet donné, mais aussi agir pour que celui-ci ne devienne pas la goutte d'eau qui fait déborder un vase déjà saturé.

Comment impliquer collaborateurs et managers dans un changement pour les réconcilier avec ce mouvement permanent ? On creuse le sujet avant la coupure estivale 🏝️

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Pourquoi tout change, tout le temps ? Une histoire d'accélération

Avant d'être un sujet de management, le changement et son accélération touche toute de notre société. Le sociologue allemand Hartmut Rosa distingue trois accélérations qui s'alimentent : accélération technique liée aux performances des machines, accélération du changement social avec par exemple l'augmentation des divorces ou celle des changements de carrière, et accélération du rythme de vie. Pour lui, l'accélération produit de l'aliénation et c'est par la résonance, notion qu'il décrit comme une relation de qualité au monde, au travail et aux autres, que nous pouvons nous en libérer.

L'expression "d'accélération de l'histoire" revient aussi régulièrement dans les discours, comme une traduction du vertige que l'on peut ressentir face aux multiples crises qui marquent notre époque. Non sans être critiquée par les historiens pour le biais pour le présent ou "présentisme" qu'elle induit.

Une accélération au travail qui nuit à l'engagement des salariés

En entreprise, cette accélération se ressent aussi. David Autissier, Professeur des universités et Directeur de la chaire Essec du changement, explique qu'en vingt ans, les managers sont passés de devoir accompagner un à trois projets de changement par an. Son article de 2012 Saturation des salariés face au changement organisationnel, fondé sur une enquête auprès de 1000 personnes ajoute que les salariés français ressentent une saturation neuro-psychologique, affective et organisationnelle vis-à-vis de ces changements.

Dix ans plus tard, le tableau ne s'est pas amélioré : d'après les chiffres internationaux de la société de conseil Gartner, 73% des responsables RH rapportent une fatigue du changement chez les collaborateurs, ce qui nuit à la fidélisation des talents : seuls 44 % des salariés éprouvant une forte lassitude face au changement envisagent de rester dans leur entreprise, contre 74 % de ceux qui en éprouvent peu.

Changer l'environnement, le projet de trop ?

C'est dans ce contexte que se déploient les projets d'aménagement de l'espace de travail, des projets qui eux-mêmes se sont accélérés à la suite de la pandémie.

Par exemple, l'open space qui concernait environ un tiers des salariés en France avant 2020, concerne désormais plutôt un salarié sur deux d'après l'étude Parcours Urbains de Khardam.

Autre indicateur, d'après les derniers chiffres de l'Observatoire du télétravail, 36% des salariés concernés par la mise en place du télétravail on connu un déménagement de bureau.

Des projets qui comportent tous les ingrédients pour être vécus comme le projet de trop :

  • Par leur portée -> en remodelant l'espace de travail, on touche à la place de chacun dans l'entreprise, place physique et place symbolique ("je n'ai plus ma place ici"). On touche à des souvenirs, à un vécu individuel et commun, auquel le déménagement impose de tourner la page à une temporalité non choisie. Un processus de deuil dont nous sommes persuadées, chez Comme on travaille, qu'il n'est pas assez pris en compte.
  • Par leur globalité -> la refonte d'un espace de travail concerne tout le monde, managers, directeurs, collaborateurs, différents services. C'est ce qui les rend si sensible et difficiles à piloter, car les acteurs du projet (chefs de projets, décideurs) se retrouvent juge et partie.
  • Par leur impact -> les changements qui touchent le quotidien sont fois plus fatigants que les grandes transformations plus lointaines et théoriques : ils viennent s'immiscer et interférer avec le travail réel, là où les salariés trouvent leur autonomie et de créativité. Un changement de bureau, et ce sont des repères, des rituels, des façons de faire et d'habiter un lieu qui disparaissent et doivent être réinventées.

Surmonter la fatigue du changement

Comment prendre en compte ce trop-plein dans la conduite de son projet et retourner la situation ?

Avec quelques bonnes pratiques, c'est possible :

  • Cartographier et prioriser les changements : chez Comme on travaille, il arrive que nos ateliers fassent remonter d'autres changements inconnus du plus grand nombre jusque là, parfois plus bouleversants encore, comme des suppressions de postes à venir. Au niveau de la Direction, poser une vue globale des changements et tenir un discours clair sur les priorités et l'articulation des changements aide à se positionner dans le projet et à y trouver du sens.
  • Impliquer les salariés dans un climat de sécurité psychologique : les salariés sont encore trop peu impliqués dans les projets qui les concernent, or . De plus, certaines entreprises ont tendance à confondre "impliquer" et "co-construire avec", ce qui peut faire peur : or, offrir des occasions d'expression et d'écoute des salariés fait déjà beaucoup. Cela active les leviers de reconnaissance, de discussion du travail et de qualité du lien entre collègues, qui sont des leviers de bien-être au travail. Pour fonctionner, ces discussions doivent se faire dans un cadre sécurisant, où l'expression est rendue possible et l'écoute authentique et sans jugement (c'est ici que l'intervention d'un tiers neutre peut aider).
  • Mesurer la capacité à changer : consacrer un volet du diagnostic amont à l'identification des freins et leviers du changement (et non pas à une simple analyse des usages et des besoins spatiaux) permet d'identifier où en sont les équipes sur leur jauge du changement (de l'ouverture...à la saturation) et d'élaborer les plans d'accompagnement les plus ajustés.

📖 Les recos culture de l'été par Comme on travaille

🎨 Parcours Cent oeuvre qui racontent le travail, au musée d'Orsay : l'occasion de redécouvrir ce musée iconique en suivant le fil d'oeuvres choisies pour ce qu'elles disent du travail au 19ème siècle. La révolution industrielle, les conditions de vie des ouvriers et paysans, le culte des machines ou du corps, les premiers mouvements sociaux ou le confort des patrons nous sont retranscrits au fil des chefs d'oeuvres, peintures, sculptures et bureaux art nouveau. Jusqu'au 2 août !!

📚 Brûler Grand, de Juliette Oury : dans ce deuxième roman, Émilie, magistrate, s'effondre dans un parking. Burn out. Forcée de marquer une pause, elle s'inscrit dans un centre en pleine campagne pour un programme, où, au milieu d'autres crâmés du travail comme elle, elle va donner forme à ses réflexions sur le travail et ce qu'il nous fait. Pour ceux pour qui la fiction et sa force évocatrice n'ont pas leur égal pour aviver les prises de conscience !

📽️ Le cinema en plein air : Quand les températures grimpent, rien de mieux qu’une soirée cinéma sous les étoiles ! À La Villette à Paris, cette saison est consacrée au thème de la forêt ( sujet ô combien d'actualité). À Strasbourg, les vendredi de l'été seront rythmés par 9 projections, chacune dans un parc différent. Pareil à Annecy. Une idée de sortie simple, hors les murs et accessible !

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Cette newsletter vous est préparée par Comme on Travaille, cabinet d'aménagement des espaces de travail centré sur l'humain. Nous accompagnons les entreprises déterminées à faire de leurs projets d'aménagement des projets fédérateurs, en utilisant le co-design et l'intelligence collective. Si vous aimez nos analyses et souhaitez nous encourager, pensez à nous pour vos conférences, ateliers et accompagnements liés aux nouveaux modes de travail dans votre organisation ;)
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Camille Rabineau - Comme on travaille - camille@commeontravaille.fr

Camille Rabineau

Urbaniste, experte des nouveaux espaces de travail, je partage dans ma newsletter Work & the City des perspectives sur l'évolution du bureau, des modes de travail et leurs impacts sur la ville.

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