Work & the City : Le bureau en voit de toutes les couleurs


Du beige au bariolé, la couleur au bureau

Avant d’être un sujet de design, la couleur au travail est affaire de culture. Pendant longtemps, la règle était simple : moins il y en a, mieux c’est. Comme si travailler avec sérieux impliquait d’évoluer dans des environnements insipides.

Ce n’est pas un hasard. Derrière les murs gris et les open spaces crème se cache la vision d'un travail rationnel, standardisé, dont les processus visent les gains de productivité. Mais depuis une dizaine d'années, la couleur s'impose. Non pas comme simple décor, mais comme un outil pour soutenir le bien-être au travail, exprimer une identité d'entreprise et structurer les différents usages des lieux.

Dans cette édition de Work & the City, on remonte le fil : du bleu-gris soporifique à la couleur-manifeste pour comprendre ce que ce basculement dit du travail. Après tout, on a besoin de couleurs en ce moment, non ;) ?

Bonne lecture !

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Le bureau-machine : quand la couleur dérange

Au XXème siècle, le bureau est une machine à produire. Le taylorisme, ou organisation scientifique du travail, imprègne l'organisation des tâches, imposant leur division. Les gestes sont rationalisés, les postes spécialisés.

L’espace de travail devient l'infrastructure au service de cette doctrine. À l’image des chaînes de production dans les usines, les bureaux s’articulent de manière linéaire et répétitive. Comme le décrit Nikil Saval dans Cubed, le bureau d'alors adopte une esthétique volontairement neutre : murs blancs, cloisons grises, mobilier lisses, lumière uniforme. Tout est conçu pour limiter les stimuli et éviter toute distraction. La couleur est un élément perturbateur : une accroche visuelle inutile pour des salariés dont on n'attend pas de créativité mais une exécution.

Lorsqu'émerge le Bürolandschaft, ces grands plateaux ouverts destinés à favoriser la fluidité des échanges et une hiérarchie plus accessible, la palette reste timide. L’espace s’ouvre mais la couleur reste bridée. L'avènement du "cubicle" fera revenir le bureau à un alignement standard sans fantaisie. Dans cette vision du travail, l’environnement s’efface au profit de la tâche.

Le virage start-up : la couleur comme code culturel

À la fin des années 90, la Silicon Valley fait changer de regard sur le bureau. Celui-ci cesse de se cantonner au rôle d'outil de production pour devenir narration. Les licornes devenues GAFAM bousculent les codes : couleurs vives, graphisme affirmé et signalétique franche transforment le bureau en média. La couleur est son langage. Elle attire, différencie, donne le ton d'un style de travail singulier dans une optique d'attraction des talents sur un marché du travail concurrentiel de développeurs et ingénieurs tech.

Dans cette vision, la couleur est un code, auquel il convient en tant que salarié de s'identifier.

Vers la maturité chromatique

Tournant des années 2010 : avec le regain d'attention envers la qualité de vie au travail, apparaît la tentation d'utiliser les couleurs pour agir sur l'état psychologique des salariés.

Telle couleur stimulerait la créativité, d'autres produiraient un effet zen. Mais l'idée que chaque couleur produit un effet universel est une simplification. Les travaux d'Andrew Elliot sur la couleur et la cognition montrent que leurs effets dépendent du contexte, de la culture et de la luminosité. Le rouge, par exemple, inhibe les performances dans des tâches analytiques, mais peut renforcer la vigilance dans des tâches de détail. Une palette "apaisante" selon les standards occidentaux peut générer un sentiment de froideur ou d'austérité dans d'autres cultures.

C'est dans ce contexte qu'une utilisation plus fine de la couleur se met en place. L'excès de couleurs vives montre ses limites : certains espaces sont perçus comme fatigants, sinon infantilisants. De nouvelles attentes émergent à l'heure de la charge cognitive numérique : besoin de calme, attention à la santé mentale.

Le design biophilique remporte un franc succès auprès des salariés, en mobilisant des palettes inspirée des paysages (vert, brique, ocre) associées aux matières comme le bois, les fibres naturelles, le liège, etc. Des cabinets d'architecture intègrent des protocoles issus des neurosciences pour guider leurs choix chromatiques.

Dans cette vision, la couleur devient un champ à part entière de l'expérience collaborateur et certains concepteurs se dédient au sujet, comme le studio Bingo.

Couleur Pantone de l'année : gadget ou signal faible ?

Quant aux "couleurs de l'année" de l'Institut Pantone, elles sont de plus en plus scrutées. Se voulant capter l'air du temps, elles deviennent des prescriptions dans un marché juteux de la décoration et du lifestyle. Après l'orangé Peach Fuzz et le Mocha Mousse, le blanc Cloud dancer 2026, « touche de calme dans un monde bruyant » a suscité un tollé dans les arts visuels, interprété comme un plébiscite de la neutralité à l'heure où l'IA uniformise nos repères, ou même comme une "esthétique du retrait".

Au bureau, une palette de blancs peut faire écho à l'aspiration à quitter le "tout collaboratif" pour faire une place au calme et au recentrage sur soi.

En conclusion, la couleur n’est jamais neutre au travail. Elle raconte une époque, traduit une vision et matérialise des choix organisationnels. Hier inexistante, parfois surexploitée, elle entre dans une phase de maturité pour intégrer de façon cohérente une expérience de travail globale.

📅 Du côté de Comme on travaille : déferlante d'évènements en juin !

𝟏𝟏 𝐣𝐮𝐢𝐧 à 11h30 -> 𝐋𝐢𝐧𝐤𝐞𝐝𝐢𝐧 𝐋𝐢𝐯𝐞 « 𝐶𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑓𝑜𝑟𝑚𝑒𝑟 𝑢𝑛 𝑝𝑟𝑜𝑗𝑒𝑡 𝑖𝑚𝑚𝑜𝑏𝑖𝑙𝑖𝑒𝑟 𝑒𝑛 𝑙𝑒𝑣𝑖𝑒𝑟 𝑑’𝑒𝑛𝑔𝑎𝑔𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 ? » par l'agence Wose. Nous y interviendrons pour expliquer comment faire de son projet une opportunité de fédérer & épanouir les collaborateurs avant, pendant et après ! Inscriptions ici.

𝟏𝟕 𝐣𝐮𝐢𝐧 à 12h -> Salon Preventica 𝐚̀ 𝐑𝐞𝐧𝐧𝐞𝐬 ! Direction la Bretagne pour une table ronde " 𝐸𝑠𝑝𝑎𝑐𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑡𝑟𝑎𝑣𝑎𝑖𝑙, 𝑐̧𝑎 𝑏𝑜𝑢𝑔𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒 𝐺𝑟𝑎𝑛𝑑 𝑜𝑢𝑒𝑠𝑡" ! Avec les témoignages de Groupama et Rennes métropole pour un contenu 100% concret et ancré dans les territoires.

2𝟓 𝐣𝐮𝐢𝐧 à 11h30 -> 𝐰𝐞𝐛𝐢𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞 TrainMe "𝑉𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑏𝑢𝑟𝑒𝑎𝑢, 𝑢𝑛 𝑒𝑠𝑝𝑎𝑐𝑒 𝑐𝑙𝑒́ 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑠𝑎𝑛𝑡𝑒́ 𝑚𝑒𝑛𝑡𝑎𝑙𝑒 𝑒𝑡 𝑝ℎ𝑦𝑠𝑖𝑞𝑢𝑒" pour la Semaine de la QVCT 2026. Aux côtés de Mathilde Mathieu la Workiné, nous allons lutter contre la sédentarité et activer tous les leviers pour nous mettre en mouvement au travail ! Contactez les ici pour participer.

Hâte de vous débriefer ces rencontres dans une prochaine édition !

Cette newsletter vous est préparée par Comme on Travaille, cabinet d'aménagement des espaces de travail centré sur l'humain. Nous accompagnons les entreprises déterminées à faire de leurs projets d'aménagement des projets fédérateurs, en utilisant le co-design et l'intelligence collective. Si vous aimez nos analyses et souhaitez nous encourager, pensez à nous pour vos conférences, ateliers et accompagnements liés aux nouveaux modes de travail dans votre organisation ;)
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Camille Rabineau - Comme on travaille - camille@commeontravaille.fr

Camille Rabineau

Urbaniste, experte des nouveaux espaces de travail, je partage dans ma newsletter Work & the City des perspectives sur l'évolution du bureau, des modes de travail et leurs impacts sur la ville.

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