Chez Comme on travaille, on passe du temps à lire des articles passionnants sur le bureau, à chouchouter les projets de nos clients (rédaction de diagnostics, conduite d'entretiens, production de concepts d'espaces de travail, etc.), à visiter des bureaux incroyables...ou plus traditionnels.
Et de temps en temps, nous sortons de nos tanières et nous nous rendons chez nos clients pour animer des ateliers avec les salariés. Nous devenons alors de vraies Mary Poppins et ne sortons jamais sans nos alliés...les post-its. Nous avons même des post-it virtuels. Alors, pour rendre hommage à ce compagnon de route et vous en dévoiler plus sur notre métier à travers un format différent, nous avons invité Marion Desclaux, designer du studio "Objets du travail" à nous raconter cet objet. Merci Marion !
Sans oublier les rituelles nouvelles de Comme on travaille : scoop à la fin de la newsletter ! À la prochaine pour un billet plus traditionnel et la poursuite de notre tour des bureaux du monde.
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Je me demande toujours, à l’orée de l’étude d’un objet du travail, ce qu’en diraient nos archéologues du siècle prochain. Je les imagine découvrant ces petits morceaux de papier colorés, noircis d’un côté, ou soigneusement disposés et annotés à l’intérieur d’un ouvrage épais. Les rapprocheraient-ils des cotillons d’une fête bien arrosée ? Un système de pagination codée pour agents secrets ? Un rite religieux ?
Le post-it, si bien conçu à l’origine, attire aujourd’hui les foudres de la communauté des designers. Fleuron de l’intelligence collective à l’ère des ateliers et de la concertation citoyenne, leurs couleurs ont amené de la vie dans les entreprises qui cherchent à se renouveler (et à enfin donner la voix à leurs collaborateurs). Au prix de remplacer la mise en œuvre des idées, l’effort que demandent l’innovation et l’invention de solutions dans un monde complexe, et le temps de la (co-)conception longue et approfondie ?
Origine d’un feuillet annoté
« Lorsque vous griffonnez sur une serviette, vous produisez une carte [map], si l’on en croit l’étymologie latine. ». C’est ainsi que le philosophe Bruno Latour introduit l’usage des cartes dans l’excellent manuel de cartographies potentielles, Terra Forma, et j’avoue trouver un parallèle savoureux avec le post-it, ces notes autocollantes qui servent à soutenir une conversation, à faire émerger une vision du monde nouvelle, vision dont les éléments ont besoin d’être positionnés et repositionnés pour prendre vie, pour prendre forme, avant de donner naissance à autre chose. Car si chaque artiste a quelque part signé une serviette en papier griffonnée, ses grandes œuvres sont ailleurs…
1964 — Une nouvelle possibilité technique
Ce feuillet annoté, d’où vient-il ? Le post-it naît de la sérendipité : Spencer Silver, au détour d’une expérience de chimie infructueuse à la recherche d’un adhésif « plus grand, plus résistant et plus fort » pour 3M (multinationale à l’origine du scotch), invente un adhésif poisseux. « Ce nouveau polymère adhésif acrylique, plus cohésif qu'adhésif, [qui] ne colle qu'à lui-même. » Pas franchement vendeur ! Je ne peux m’empêcher de penser aux travaux de Katie Cotellon et de son équipe à Saint-Gobain, qui se voient poser exactement ce genre de questions : mais à quoi ça peut bien nous servir, ce nouveau matériau ? Car avant que cette colle qui ne colle pas trouve son usage et la forme qu’on lui connaît, il s’est passé quelques années. D’abord vaporisateur (oui, oui), puis tableau de conférence autocollant (si !), il peine à trouver son public.
1974 — Un usage (enfin !)
C’est un besoin, une astuce d’usage, qui ramènera le post-it sur le devant des préoccupation. Un jour, un collègue de Silver, Arthur Fry, souhaite pour son livret de chants bibliques des signets non-adhésifs, pour ne pas abîmer l’ouvrage, mais qui collent quand même pour marquer les pages. Fry et Silver se rendent alors compte du potentiel de la chose — et commencent à diffuser l’usage en expérimentant auprès de leurs collègues, jusqu’à ce que la folie des notes repositionnables gagne l’ensemble du groupe. Après quelques adaptations, la colle est appliquée comme on la connaît « couchée en continu sur du papier ».
1977 — Un marketing entêté
Des premiers tests de vente restent infructueux, jusqu’à ce que les post-it soient distribués gratuitement — stratégie marketing mise en place par un directeur fraîchement arrivé. Il s’avère alors que 90% des personnes l’ayant essayé souhaitent l’acheter. 4 ans plus tard, les « Post-it notes » sont un succès international. Leur couleur jaune est encore le fruit d’un concours de circonstances, 3M ayant travaillé avec des restes de papier d’une manufacture locale… qui étaient jaunes. Cette couleur étrange est aujourd’hui signature de la marque, même si les post-it se déclinent chaque saison dans de nouvelles teintes.
2010 — Objet du travail de tous les bureaux
« Une étude sur les milieux de travail a démontré qu’un professionnel reçoit en moyenne 11 messages sur des Notes Post-it® tous les jours. » Adopté, donc ! Aujourd’hui le post-it permet d’échanger idées, to-do et mots doux, au travail comme dans la vie. Collés sur nos ordinateurs portables, seuls résistants papiers dans un monde du travail numérique, ou apposés sur des commandes de cockpits et machines complexes (mes préférées !), pour rendre lisible une interface pas toujours bien conçue. Il permet, par son caractère coloré, de petite taille, déplaçable et infini (chaque bloc possède 100 feuillets !), de structurer une pensée à ses prémices. Largement adopté dans le monde du scénario de cinéma, il aide à créer une histoire de façon non linéaire et dans l’espace. ans les séance créatives, chacun peut grâce à lui donner son avis de façon anonyme, communiquer par un mot clé, voir ses idées retenues et regroupées avec celles des autres, échanger et partager des idées, se sentir écouté et estimé de façon égale.
Une fois cette série de notes affichée au mur, il s’agit de transformer, rendre réel ces concepts : l’histoire du post-it nous le redit : de l’idée à la mise sur le marché, il y a un monde !
Et demain ?
Beau produit de notre société du tout consommable tout jetable, passé par les stades de développement classique d’une innovation du 20ème siècle (technique, usage, marketing), quelle sera sa suite, dans un monde aux ressources limitées et aux interactions distanciées ? Une colle qui ne colle pas pour tous nos pots de verre que l’on veut recycler, un papier réutilisable qui n’absorbe qu’un temps l’encre de l’idée griffonnée, un matériau qui transforme cette idée en rapide croquis poussant ainsi à l’itération et au passage à l’action avant que l’idée ne se perde ?
Je finirai sur cette pensée : À vous qui aimez manipuler les post-its, la prochaine fois, interrogez-vous sur ce que vous pourriez faire pour contribuer à rendre tangible et affiner l’idée ainsi rapidement griffonnée ? Et si vous bloquez à cette étape, j’en connais certains dont c’est le métier...
Du côté de Comme on travaille...
🎤 LinkedIn Top Voice ! C'est une nouvelle que nous avons eu du mal à croire mais qui a éclaboussé notre début d'année...Camille Rabineau, notre fondatrice, est nommée LinkedIn Top Voice ! Ce statut "sur invitation uniquement, rassemble un groupe mondial d'experts sur LinkedIn." On ne sait pas tout à fait bien comment ça a fonctionné, mais on est vraiment ravie de voir récompensée notre ténacité à partager des contenus didactiques et documentés sur les espaces de travail, leur évolution et leur appropriation, comme ici sur Work & the City. On continue !
À bientôt en 2024 ! Camille Rabineau & l'équipe de Comme on travaille
Cette newsletter vous est préparée par Comme on Travaille, cabinet de conseil spécialiste des nouveaux modes & espaces de travail. Nous accompagnons les entreprises déterminées à faire de leurs projets d'aménagement des projets humains, en utilisant le co-design et les outils de l'intelligence collective. Si vous aimez nos analyses et souhaitez nous encourager, pensez à nous pour vos conférences, ateliers et accompagnements de projets liés aux nouveaux modes de travail dans votre organisation !
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Camille Rabineau - Comme on travaille - camille@commeontravaille.fr
Urbaniste, experte des nouveaux espaces de travail, je partage dans ma newsletter Work & the City des perspectives sur l'évolution du bureau, des modes de travail et leurs impacts sur la ville.
« Au fait, que faites-vous concrètement Comme on travaille ? » Cher abonné Work& the City...que vous nous suiviez depuis longtemps ou depuis récemment, peut-être aimez-vous notre plume et notre regard singulier sur les espaces de travail...mais savez-vous vraiment ce que nous faisons au quotidien ? Chez Comme on travaille, nous disons que nous sommes un cabinet en aménagement des espaces de travail centré sur l’humain. Ça sonne bien… mais qu’est-ce que cela veut dire ? Pour bien démarrer...
New York, New York ! Les bureaux outre-Atlantique Pour cette dernière édition de l'année, Monica nous emmène à New York City à la découverte de la vie de bureau entre Central Park et Wall Street, du Brooklyn bridge à Time Square. Trois bureaux, trois ambiances, et un regard franco-américain sur le travail en cette fin 2025 – cinq ans après le Covid. Prêts à voyager ? Let’s go 😉Bonne lecture et très belles fêtes de fin d’année ! Vous avez reçu cette newsletter et vous souhaiteriez ne rien...
Je bulle, tu bulles, nous bullons : la folie des phonebox C'est le corollaire des open spaces, ils poussent comme des champignons : les bulles, les box, les cabines, les isoloirs, les booths. Rythmant les plateaux de leurs volumes feutrés, leur lumières tamisées et leur ventilation..à surveiller. Ces micro-architectures ont le vent en poupe, en témoigne la flopée d'acteurs lancés sur ce produit ces dernières années, à l'international et en France. Nous faisons le point sur cette tendance et...