Injonction de sens au travail..et si on en faisait trop ?


LE SENS AU TRAVAIL... NE SE CACHE PAS FORCÉMENT LÀ OÙ ON CROIT

Bienvenue dans ce nouveau numéro de Work & the City, l'actu des environnements de travail..et des histoires humaines qui y prennent place.

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ON EN PARLE ..

Injonction de "sens" au travail : et si on en faisait trop ?

Chercher du sens dans son travail, c'est un objectif largement partagé, et même de plus en plus depuis la crise sanitaire. Cette quête de sens fait écho au rejet des bullshit jobs du regretté David Graeber. Véritable carton de librairie, l'ouvrage du même nom dénonce ces métiers modernes dont le niveau d'abstraction et l'inscription dans une chaîne particulièrement fragmentée du travail aboutit à une perte totale de repères des salariés, qui n'ont plus aucune vision du dessein global dans lequel leur travail s'inscrit.

Pour être honnête, je n'ai jamais totalement été à l'aise avec cette idée de bullshit job, pour une raison simple : elle essentialise ce que le travail est pour chacun. Or, si depuis Hegel nous savons que le travail participe à l'épanouissement des individus, je suis convaincue qu'il y a mille façons de remplir cet objectif.

Être en accord avec les valeurs et la finalité du projet collectif dans lequel s'inscrit son travail en est une. Une façon certes dans l'ère du temps alors que "l'impact" des entreprises est sur toutes les lèvres et que la préoccupation écologique gagne du terrain. Mais cela n'est pas la seule.

Dans mon métier, pour repenser les espaces de travail avec les salariés, il m'arrive d'aller à la rencontre de tous types de profils et de métiers. Certains sont des "cols blancs", ingénieurs, designers, chargés de mission de tous domaines. D'autres sont des opérateurs de centre d'appel, des techniciens de maintenance, des agents de paie ou d'administration des ventes, des opérateurs de centre de données, etc.

Et parmi eux, certains voient justement beaucoup de sens dans un rapport plus instrumentaliste au travail : leur permettre de vivre leur vie, de faire vivre leur famille, tout simplement. En somme, alimenter la machine qui sous-tend la "vraie vie", une vie qui est ailleurs, dans les loisirs, dans la vie familiale et privée. Et c'est ok comme ça.

sand pathway surrounding grass
Photo Alice Donovan Rouse sur Unsplash

Récemment, trois lectures ou écoutes sont venues me conforter dans ce ressenti.

C'est d'abord l'enquête de Opinionway pour Microsoft sur le bonheur au travail, parue en décembre 2020, qui nous rappelle que pour la majorité des salariés, la composante principale du bonheur au travail...est sa participation à notre sérénité financière. Toujours d'après cette étude, plus de la moitié des salariés auraient un rapport utilitaire au travail, le considérant comme un gagne-pain avant tout, cette large part étant divisée équitablement entre des salariés qui subissent cette situation ("les résignés") et des salariés qui s'en accommodent très bien. Un quart des salariés ne seraient donc pas en quête de sens DANS leur travail, ce n'est pas la majorité mais c'est suffisant pour s'y intéresser.

J'ai retrouvé cette vision dans les propos de la chercheuse Véronique Bordes, professeur à l'Université de Toulouse qui a fait des jeunes son sujet de recherche principal. Pour elle, il existe toute une catégorie de jeunes qui, depuis les années 1990 et encore plus avec la génération Z, vont au travail pour s'épanouir et se réaliser ailleurs. Un mouvement qui serait le prolongement de la "société des loisirs" liée à la réduction du temps de travail et qui démultiplie les possibilités d'activités sportives, artistiques, culturelles, associatives à mener en parallèle de son travail.

Finalement, n'est-ce pas la vision la plus naturelle du slasheur : aller au travail, certes, mais prendre du temps pour s'engager en tant que parent d'élève ou membre d'un conseil de quartier, pour s'investir dans une activité sportive ou se perfectionner en pâtisserie. Je me rappelle avoir été récemment impressionnée par un manager qui, sur un de mes projets, occupait un poste de haut niveau en R&D tout en s'investissant à haute dose dans le club sportif de son village.

J'ai enfin écouté avec attention la dernière édition de La Suite dans les idées, une émission très riche qui valorise les travaux des chercheurs en sciences sociales. Celle-ci s'intéressait aux jeunes femmes de la ruralité au travers des travaux de Yaëlle Amsellem-Mainguy. Selon elle, ces jeunes filles de territoires désertés utilisent le travail pour acquérir de l'autonomie, de la liberté, pour se sortir de l'enclavement lié à l'endroit où elles ont grandi.

Est-ce que tous ces rapports au travail manquent de sens ?

Pour conclure, ces différents rapports au travail et donc au sens qu'on lui donne nous rappellent à quel point il est important d'aborder la qualité de vie au travail dans sa globalité et de ne pas masquer, par la lumière qu'on porte sur le sens du travail, ses autres dimensions non moins fondamentales, que sont la reconnaissance et le soutien managérial, l'acceptabilité de la charge de travail, l'autonomie, ou encore, vous me voyez venir, l'environnement de travail.

Photo Fad Lan sur Unsplash

LE DROIT DE SUITE

Bilan carbone du télétravail : épisode 254

Dans une précédente édition de Work and the City, il était question du désamour des grandes villes observé depuis le début de la pandémie, dans un contexte de télétravail en fort développement.

Un récent article du Bloomberg City Lab fondé sur les analyses d'un outil de mesure des dépenses carbone des organisations apporte un éclairage supplémentaire à la réflexion, en mettant en avant le sujet des trajets par avion qui pourraient résulter du télétravail alors que la culture des retrouvailles "off-site" sous forme de séminaires et autres évènements de cohésion se développe. À l'échelle de toute une entreprise, de tels déplacement suffisent à effacer les gains réalisés sur les trajets pendulaires par exemple.

On sait qu'en France, avant la pandémie, le principal poste d'émission de gaz à effets de serre lié au secteur tertiaire ne se trouvait pas dans l'immobilier de bureau..mais bien dans les déplacements d'affaires en avion.

Selon l'article, passer au télétravail intensif ne fait que transférer les émissions du lieu de travail vers les individus. Un modèle qui fait peser sur chacun, dans un contexte de télétravail développé, la charge de redoubler d'efforts pour rendre plus responsable ses choix de consommation, de déplacements et de performance énergétique du logement.

LE MOMENT SÉRENDIPITÉ

Anglicismes et futur du travail : is it serious, Doctor ?

Il y a quelques jours, j'ai reçu un email d'un salarié qui, sur l'une de mes missions, se plaignait des dénominations "pseudo anglophones" utilisées sur ce projet. Pour lui, ce jargon "franglish" était un vrai repoussoir.

Ce genre de remarques fait toujours mouche chez moi : quand j'ai choisi le nom Comme on travaille, j'ai mis un point d'honneur à trouver un nom qui ait du sens en français : nombre de mes confrères avaient privilégié des noms anglais et je sentais cette lassitude autour de moi.

Malgré cela, je me retrouve souvent en position de l'arroseuse arrosée et pèche régulièrement par recours abusif et déformé à la langue de Shakespeare. D'ailleurs, saviez-vous que l'on ne dit pas open space en anglais, mais plutôt open plan :-) ?

Brainstorming, kick-off, meet-up : tel est mon langage courant. Souvent, je traduis par acquis de conscience, mais cela vire vite au ridicule. Et puis, n'allons-nous pas trop loin, alors que la maîtrise de l'anglais est devenue un impératif dans la vie professionnelle mais aussi quotidienne ? Entre dogmatisme et novlangue un peu snob, où mettre le curseur ?

Anyway, je suis curieuse d'avoir votre avis sur ce sujet :-)

L'ACTU DU MOMENT

J'ai raconté mon parcours sur le podcast Les Équilibristes

Écouter le podcast Les Équilibristes animé par Sandra Fillaudeau est l'un de mes moments de détente favoris.

J'ai découvert le travail de Sandra au moment où naissait Comme on travaille.

Comme elle, qui s'est passionnée pour les sujets "d'équilibre vie pro-vie perso" alors qu'elle devenait maman et manager en même temps, selon ses propres mots, je me suis lancée dans la création d'entreprise avec un petit de un an et une "grande" de trois. C'est dire si je suis rompue aux conflits intérieurs qui peuvent ronger tout parent actif. Sandra aborde ces questions avec beaucoup de tact et de finesse, sans dogmatisme, et c'est une ressource précieuse pour qui se reconnaît dans ces "vies millefeuilles". J'étais honorée de raconter mon expérience de bascule dans l'indépendance, couches et biberons en option.

Je suis Camille Rabineau, consultante et facilitatrice spécialiste des nouveaux modes & espaces de travail. Avec Comme on travaille, j'accompagne les entreprises déterminées à faire de leurs projets d'aménagement des projets humains, en utilisant le co-design et les outils de l'intelligence collective. Je suis la bonne fée qui vient mettre du lien et emmène les équipes dans des projets complexes et souvent mal perçus au départ !
Présentez-moi votre projet en prenant un RV téléphonique avec moi
ici !

Camille Rabineau - Comme on travaille - camille@commeontravaille.fr

Camille Rabineau

Urbaniste, experte des nouveaux espaces de travail, je partage dans ma newsletter Work & the City des perspectives sur l'évolution du bureau, des modes de travail et leurs impacts sur la ville.

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